On ne peut pas avoir dit « non » sans appartenir au monde du voyageur Thomas Hutter, le jeune commis de Nosferatu : « Après qu’il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre. » Mais passer le seuil peut vouloir dire une chose plus simple que toutes les sciences de vampire, car toutes ces histoires d’ombres, de cinéma, d’escaliers, de mains, d’amour et de crânes ne réclament qu’une salutaire formule : « laissez ici tout ce que vous savez, devenez profanes. Et partez en voyage ! »
Inutile de chercher la source, elle est dans ce qu’on fait, raison pour laquelle Hélène Delprat ne parle pas de sa peinture, mais de toutes les histoires qui l’y conduisent et rendent instable l’origine. Être pertinent, se dégager du péril de savoir, n’est-ce pas l’élégance de ne pas dire, de laisser vivre et regarder ?
Et pour finir comme elle dans un grand éclat de rire où elle se cache encore et toujours, un coup de pied au cul à la Benjamin Péret de Derrière les fagots* : (…) et la boîte de sardines vide se croira sainte / Un coup de talon dans la gueule / et c’est une divinité / qui nage dans le miel pur / sans se soucier des protozoaires / des hippocampes / des cailloux célestes qui voltigent d’un oeil à l’autre / (…)
Extrait de « L’univers est la cendre d’un Dieu mort », texte rédigé par Corinne Rondeau pour le catalogue de l’exposition monographique d’Hélène Delprat à La maison rouge « I Did It My Way », du 23 juin au 17 septembre 2017.
* « Et ainsi de suite », in : Derrière les fagots, José Corti, Paris, 1961, p. 108.
Exposition Hélène DELPRAT : “Moi qui adore Barnett Newman, on peut dire qu‘on en est loin !”
Du 9 septembre au 21 octobre 2017
Galerie Gaillard,
5 rue Chapon 75003 Paris
T. 01 42 78 49 16
galerie-gaillard.com
du mardi au vendredi 10h30-12h30 14h-19h
samedi 12h-19h
et sur rendez-vous